Damien, le benjamin des eurodéputés français
À 29 ans, Damien Abad devient le plus jeune représentant français, au Parlement européen, à Strasbourg. À peine plus âgé que la benjamine, la Danoise,
Émilie Turunen, 25 ans. Rencontre avec un hyperactif qui a su dépasser son handicap.
J'ai tiré Nicolas par la manche, à la fin d'un conseil des ministres, et je lui ai dit : j'ai un problème. Je veux que Damien Abad soit numéro deux. » Hervé Morin, ministre de la Défense, parle
en tant que président du Nouveau Centre. Il n'est pas peu fier de son coup.
Par la magie présidentielle, Damien Abad court-circuite alors les tractations et se voit propulsé probable benjamin des eurodéputés. Numéro deux de la liste
UMP-Nouveau Centre du Sud-Est, c'est chose faite depuis dimanche. « Pour moi, c'est un symbole, savoure Hervé Morin, en raison de la force de caractère que lui donne son handicap. »
Son handicap ? Le jeune eurodéputé nîmois ne tient pas trop à s'attarder sur cette arthrogrypose congénitale qui lui tort les membres et la silhouette. « J'en ai
fait une force, mais je n'en ferai jamais la raison de mon engagement. J'ai horreur de la pitié. » Cette volonté de fer, cette identité, « je les ai aussi construites autour de l'école, du
sport, de grands-parents paternels chassés par Franco.
J'aime me dépasser. Je fais du foot, du karting, de la natation, du ski de fond, et même du tennis de table en
étant classé parmi les valides. »
Passionné dès l'enfance par les débats à la télé, il préfère vite le ping-pong politique. Car il est peut-être handicapé, Damien, mais pas de la tête.
« Il y a un
petit Pentium là-dedans », dit de lui un collaborateur d'Hervé Morin qui le voit souvent passer au ministère.
Confirmation immédiate : le voici en meeting. C'était mardi, dans la fraîcheur de l'ancien couvent des Augustins, à Pernes-les-Fontaines (Vaucluse). Il peine un peu à s'approcher du micro,
bouscule le pupitre. Mais s
on parler dru, sa passion de l'Europe, son langage concret et structuré valent au président des Jeunes Centristes, par ailleurs prof de
finances publiques à Sciences Po, une vibrante ovation des 300 participants. « En plus, t'as parlé sans note », le félicitent des jeunes admiratrices.
Une heure plus tôt, il était à l'hôtel Prato-plage, à la sortie de l'ancienne capitale du Comtat venaissin, au bord d'un étang limpide. Sous une véranda, devant un cageot de juteuses
coeurs-de-pigeon, il discute avec des viticulteurs du Sud-Est. Ils sont furieux que l'on puisse imaginer faire du rosé en mélangeant du blanc et du rouge.
Longtemps, il écoute, analyse. Et tranche : « Ce n'est pas à l'administration de décider, sinon, ça ne sert à rien d'élire des députés. » Il veut bien revenir, pour traiter les problèmes en amont
: « À une condition, que ces rencontres aboutissent à des décisions concrètes. »
Il est de ce bois-là, Damien Abad : organisé, concret, efficace. « Et bon vivant, ajoute Laure, une amie de lycée, à Nîmes, qui fait partie de la douzaine de copains
qui se sont mis en congés pour faire campagne avec lui. Par exemple, s'il a une fringale en cours de route, il faut s'arrêter tout de suite ! » Et encore ? « Un type attachant, fidèle en amitié,
qui n'a jamais trahi, ni menti. »
N'en jetez plus ! Un petit défaut, quand même ? « Hyperactif, trop perfectionniste, consent Mathieu, un pote de Sciences Po. Il n'est pas rare qu'il rentre à 2 h du matin de l'Assemblée
nationale, où il travaille sur les questions budgétaires et fiscales pour le Nouveau Centre. » « J'aime tous les plaisirs de la vie. Ça n'empêche pas d'être sérieux. » Damien admet être « très
exigeant ». Et se justifie : « Quand on est un petit parti, on a encore moins le droit à l'erreur que les autres. »
Ça n'a pas échappé à ceux qui parient sur lui :
« Il fera un tabac au Parlement européen », prévoit Michel Barnier qui l'imagine dans une commission importante. «
C'est un type qui force l'admiration », dit-on au siège de l'UMP. « Je lui ai dit deux choses, explique Hervé Morin : ne prends pas la grosse tête et méfie-toi des médias people ; et
implante-toi à Lyon pour bâtir un réseau de militants. »
La grosse tête ? « Je rêve de porter nos idées le plus loin possible, mais je ne crois pas aux ascensions fulgurantes. Faut y aller doucement. Mais, c'est vrai, je n'ai pas de limites. » Il vaut
mieux. Car avec la famille à Nîmes, le Nouveau Centre à enraciner à Lyon, les cours à Sciences Po et l'animation des Jeunes Centristes à Paris, le travail parlementaire entre Strasbourg et
Bruxelles, sa vie ne va pas être un long fleuve tranquille. Même pas effrayé : « Quand j'étais jeune, on me surnommait le Diesel. »